Ainsi cette anecdote contée qui montre à quel point le comportement du père de Pasteur a certainement eu un effet structurant sur le psychisme du fils.

Nous sommes en 1838, Louis Pasteur a 16 ans. Il est en pension à Paris pour préparer son baccalauréat, mais il ne s'adapte pas : "Bientôt il se ferme, ne mange plus, dort à peine."

Le père vigilant comprend tout de suite que son fils est malheureux et il  vient le chercher.

"On appelle Louis. Jean-Joseph ouvre les bras. Ensemble, ils reviennent chez eux. Dans le coche, durant les deux jours de route, à quoi servirait de se parler ? Tout est dit. Peut-être que Pasteur vient de là, de ces bras ouverts, un jour d'octobre de 1838 ?  On n'a encore jamais mesuré la force que nous donne, pour le reste de la vie, la tendresse d'un père."

Tout est dit, Erik Orsenna. Tout est dit et bien dit de cette bienveillance attentive, de ces bras ouverts qui font renaître ou qui guérissent tant il est vrai que la seule chose qui soit capable de faire tenir debout les êtres est l'affection reçue de la part de ceux qui nous importent. El duende.

Erik Orsenna : La vie, la mort, la vie.
Louis pasteur : 1822-1895.
Ed. Fayard. Octobre 2015.