Je viens de lire un livre vivifiant que m'a chaudemment conseillé mon bibliothécaire, lui qui s'est pris d'amour pour la culture orientale. Il sera heureux de savoir que j'ai lu ce livre tout de go.

C'est un livre écrit par un fin lettré, ancien fonctionnaire à la cour impériale. Désormais à la retraite, Lu Yu a 63 ans quand il commence à écrire son recueil de poèmes. Nous allons le suivre au quotidien jusqu'à ce que la mort vienne le cueillir vingt ans plus tard.

On découvre un être ayant fait le choix d'une vie simple, frugale, en harmonie avec la nature et les humains, adepte de la dive bouteille, d'une richesse intérieure inouïe.

On sourie souvent - il est si vivant - on compatit à ses bobos, ses malheurs, ses cuites mémorables. On admire, la solidarité de la famille et du voisinage, la justesse des rapports sociaux, le respect mutuel.

On le suit dans ses balades en barque sur le lac, dans ses méditations, ses marches au rythme des saisons.

Un personnage éminemment solitaire, d'une solitude choisie et assumée, vivant au jour le jour, heureux de faire mitonner sa soupe de légumes sauvages tout frais cueillis, toujours prêt à s'émerveiller de l'éclosion des fleurs de cerisier.



On crois rêver : nous sommes au 13° siècle de notre ère. Un homme qui ne possède rien que quelques livres des grands poètes et penseurs de son temps, qui écrit quotidiennemnt des poèmes dans sa chambrette à tout faire, a su trouver l'équilibre primordial et s'avance avec sagesse vers la mort qui l'attend.

On referme le livre avec le sentiment qu'une lumière s'est allumée quelque part à l'intérieur de soi.

On reçoit à des siècles de distance une grande leçon d'humanisme. Lu Yu, petit homme plein d'humour, pratiquant la dérision à son endroit, est un être précieux, à découvrir car il est proche, tellement proche de nous par sa quête, un frère en quelque sorte. El duende.

LU YU : le vieil homme qui n'en fait qu'à sa guise. Ed. Moundarren 2015.


La neige vole, après quelques flocons déjà l'éclaircie

à travers les tuiles percées le givre sévère accompagne

la lune lumineuse

soudain j'entends une mélodie, un homme au coeur noble

joue de la flûte à la fenêtre

s'y accorde ma voix qui scande un livre.