IMG_0968.jpgTout a été dit certes, mais à brûle pourpoint. Il se trouve que ce roman a été publié au moment où il ne pouvait être reçu avec la sérénité indispensable à tout jugement dans une France en pleine déprime, qui ne croit plus en elle et habitée par le spectre de l'anéantissement.


Il faut savoir que cette question revient de façon cyclique. Je n'ai pu m'empêcher de penser à Paul Valéry qui écrivait au sortir de la première guerre mondiale "Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles" et il avertissait ses contemporains : "Prenons garde de rentrer dans l'avenir à reculons". C'était il y a de cela un siècle !


Certes, l'auteur nous a habitués à une vision ultra pessimiste du monde dans lequel nous vivons. Il y a ceux qui, par nature voient le verre à moitié plein quand Houellebecq le voit toujours vide. C'est à cause de son pessimisme qu'il a été jadis salué par la critique comme une voix innovante, dans un contexte déprimant de nombrilisme littéraire.


Houellebecq a senti cette peur diffuse et Il exploite cette angoisse de disparaitre, sensible sur les réseaux sociaux. Il en fait le ressort de son livre car celui-ci est structuré comme un polar où chaque fin de chapitre laisse planer une menace voilée à venir, une sorte de mort annoncée.


Je vois en Houellebecq un catalyseur des énergies négatives de notre temps. Son personnage, qui lui ressemble comme un frère, est déprimé et il est à la recherche de la lumière qui le sauvera, dans l'amour qui se refuse à lui, en Dieu qu'il ne parvient pas à appréhender.


Ce qui m'a paru plus intéressant que le risque imaginé d'une islamisation de notre société et qui est le thème central du livre, c'est la trahison des élites, ici les universitaires, qui se conforment au système politico-économique mis en place. Phénomène bien réel et qui est un des tabous de nos sociétés. On ne touche pas aux têtes pensantes sans retour de bâton.


Que voyons-nous dans ce livre ? Comment les intellectuels se font acheter par les puissants : argent, parcelles de pouvoir, reconnaissance, privilèges, satisfaction des plaisirs primaires ... C'est une charge sans précédent ... A vrai dire David Lodge avait effleuré le sujet, soulevé le voile, dans les années 80, sur la psychologie de ce "tout petit monde", sur le ton léger de l'humour britannique. Les temps étaient moins sombres ...

L'ennemi n'est pas celui que l'on croit malgré les apparences. Si notre société se sent fragilisée, c'est qu'elle est rongée de l'intérieur, que le système instauré en a sapé les bases. Les intellectuels ne jouent plus le rôle de contre-pouvoir. ils y adhèrent. Ils ont démissionné. Ils se sont fait acheter. C'est en cette idée force que le livre prend tout son sens et Houellebecq joue les lanceurs d'alerte.

Répandre l'idée que le livre est commandité, c'est faire insulte à la littérature.

Il n'est de pire aveugle que celui qui ne veut voir.
Saurons-ils l'entendre, une fois le feu passé ? El duende.