Badawi est un roman prégnant et à plus d'un titre. Dans une prose maintes fois poétique - et pour cause, le désert est en toile de fond - l'auteur aborde, en filigrane, plusieurs thèmes majeurs : celui du sentiment de l'exil intérieur et extérieur, de la destinée choisie et assumée, de la trahison - celle des autres et plus grave de soi-même - celui du temps qui passe.

Exilé l'enfant le sera à plus d'un titre : rejet du père, mort prématurée de la mère, incompréhension de la grand-mère. Rejeté par les siens, le jeune Maïouf apprendra la lutte acharnée, l'obstination pour arriver à étudier et à sortir de ce milieu hostile.

Sa réussite scolaire le séparera irrémédiablement de son milieu et suscitera par contrecoup un violent rejet de sa part.
Dès lors, son destin est tracé. Les portes de l'Europe, s'ouvriront toutes grandes. Il laissera, sans grands états d'âme, son ancien monde : famille, petite amie et système corrompu. Bien malgré nous, le temps passe et il nous transforme comme il transforme les autres. Le passé s'éloigne, devient flou dans notre mémoire...
Avec son titre d'ingénieur en poche, il retournera dans le désert pour y travailler, dans un milieu qui lui a offert l'aisance matérielle auquel il se sent parfaitement adapté, mais qui est aussi un monde sans pitié où l'homme n'est qu'un instrument au service de l'argent roi. Une belle machine qui s'enraye au moindre grain de sable. Le passé rattrapera Maïouf, passé porteur d'une prise de conscience tardive. Rejeter en bloc ce qui nous a construit, c'est se couper d'une part de soi- même.

Un livre d'une grande fluidité, émaillé de poésie, qui ressemble à une forme de psychothérapie. L'auteur sait que c'est seulement en posant les mots justes sur les blessures ouvertes du passé que l'on peut trouver la paix intérieure. El duende.
Badawi a été réédité en 2011 en livre de poche.